Le Vatican et l'autonomisme alsacien-mosellan

Nous savons qu’une part importante du clergé, l’Abbé Haegy  par exemple, soutint activement le mouvement populaire pour  l’identité culturelle de  deux provinces revenues à la France après 1918. L'église locale s'inquiétait de l'avenir du Concordat avec le Vatican resté en vigueur sous le régime allemand.  Rappelons que la France dénonça en 1906 ce concordat en proclamant la loi de la séparation de l’église et de l’état .


Nous reproduisons ci-dessous un cours extrait du livre de François Charles-Roux (1), Ambassadeur de la France auprès du Vatican, durant ces périodes d’agitation autonomiste, en Alsace-Moselle d’après guerre mondiale et la lutte pour le maintient des droits locaux.


« J'étais en meilleure posture pour traiter des questions ecclésiastiques se posant en Alsace-Lorraine. Là dans les trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle, nous avions maintenu en vigueur le concordat de 1801, auquel les Allemands n’avaient pas touché entre 1870 et 1919. Je ne suis pas sûr que sa validité, après le retour de l’Alsace-Lorraine à la France, fût considérée comme juridiquement inattaquable par le Vatican ; car elle constituait un régime ecclésiastique d’exception pour trois départements réincorporés dans le pays en état de séparation avec l’Eglise. Je crois même que le Cardinal Gasparri, en 1919, avait juge le concordat de 1801 caduc en Alsace. Mais, très judicieusement Clemenceau avait résolu la question dans le sens contraire, en prenant l'initiative de proposer au Saint-Siège de nouveaux évêques pour Metz et Strasbourg et en les faisant, après leur investiture par le Pape, nommé par le Président de la République. Lorsqu'il y eut lieu de pourvoir à la vacance du siège épiscopal de Metz, le précédent de 1919 fit jurisprudence et l'application de la procédure concordataire ne souffrit aucune difficulté.
II nous importait beaucoup que le mouvement autonomiste alsacien, à la tête duquel était un prêtre politicien, l'abbé Haegy, ne put pas s'autoriser de griefs du clergé local ou des fidèles contre notre administration et notre gouvernement. L'on avait pu le craindre, en 1924, a l'avènement du premier cartel des gauches… ! M. Herriot avait alors eu le bon sens de s'en aviser à temps et de faire machine en arrière. L'autonomisme n'en avait pas moins poursuivi sa campagne, non sans s'associer des prêtres, mais en rencontrant chez d'autres et, en tout cas, chez les évêques, un désaveu absolu. Revenu au pouvoir en 1932, M. Herriot ne m'avait pas caché qu'il eut aimé voir les curés alsaciens plus réfractaires a l'autonomisme.
J'eus plusieurs fois, de ma propre initiative, à en entretenir le Cardinal Pacelli (2) ; j'insistais auprès de lui sur l'intérêt de l’Eglise elle-même à ne pas se laisser compromettre par un mouvement d'origine suspecte et de but trouble. Le nonce a Paris, me répondait-il, avait eu instruction d'agir sur le clergé alsacien pour le mettre en garde contre l'agitation politique et, à cet effet, avait chapitré l'abbé Haegy en personne. J'aurais souhaité davantage que, pour accroitre l'autorité de l'évêque de Strasbourg, dont le patriotisme français nous était une garantie, le chapeau de Cardinal fut mis sur sa tête. Mais cela regardait le Pape, et j'ai dit la susceptibilité de Pie XI en matière de promotions cardinalices.
Ce qui, finalement, nous fut le plus utile contre l'autonomisme alsacien, pour détourner de lui la masse catholique, fut la politique antichrétienne du Reich hitlérien et les vexations des nazis d'Allemagne contre l'Eglise. J'en parlerai tout à l'heure. Elles nous firent valoir, par comparaison, firent apprécier aux catholiques d’Alsace l'infinie supériorité de nos procédés.
La flambée autonomiste pâlit et s'éteignit. 
»


(1) Père du vénérable roseminien Jean Charles-Roux, vaticaniste, historien et diplomate un temps.
(2) Futur Pie XII - note du webmestre