Luxembourg
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Nichts
1945 Cloches
AUX SOURCES DES VARIATIONS ROMAINES

En Mai 1945, l’Allemagne est anéantie. Après les derniers pilonnages bombardiers et les assauts des forces armées alliées, dans les ruines encore fumantes des grands centres totalement détruits, survit une population dépourvue des moyens essentielles à sa subsistance. Au lendemain de l'Armistice, on retiendra l’expression Die Stunde Null, c’est à dire l’heure Zéro, d'une situation exceptionnelle dans un vaste territoire dévasté, sans État et sans plus aucune infrastructure. C’est aux vainqueurs de la guerre que reviennent les droits et les devoirs conséquents à une victoire totale.

Or, les institutions religieuses vont occuper un rôle essentiel humanitaire, social, et moral, auprès de la population. Leurs actions, leur crédibilité et leur « autorité » sont reconnus par les forces d’occupation. Les Alliés occidentaux admettront leur poids politique du moment. Le crédit des Églises catholiques et protestantes se confirmera au cours de cette période d’incertitude du pays, notamment lors de la gigantesque entreprise de dénazification opérée par les instances internationales. Une telle entreprise, délicate, risque par des appréciations à chaud, entrainer des injustices et de graves conséquences. Les institutions religieuses auront su prévenir avec toutes les précautions, parfois difficilement, les autorités du moment.

Viendra le temps de la réflexion à propos de la projection des futures institutions politiques à mettre en place par les pays vainqueurs en étroite coordination avec les représentants moraux et politiques d'une nation sorti péniblement de sa torpeur de la période du totalitarisme nazi. Il aura fallu trouver et extraire les racines du mal qui risquaient peut-être ressortir et permettre l’éclosion de la fleur de ce mal. Il fallait retracer les principes et le fonctionnement de la première et fragile démocratie allemande de Weimar.

Les Églises furent donc consultées à leur tour à propos de la future Loi Fondamentale Grundgesetz d’un nouvel État allemand. Ces institutions confondirent leur crédit moral et social du moment avec une réelle influence politique sur l'avenir. Leur optimisme du retour d’un État chrétien en Allemagne fut une illusion. Mais, les Länder dans leur nouvelle constitution leur réservaient au final peu d’attributions.

Les démocraties modernes, pluralistes, s'ouvriraient davantage après la libération de l’Europe et l’Église Catholique avec ses structures et sa doctrine millénaire n'était pas prête à reconnaître les « Droits de l’Homme ». Comment pouvait-elle prétendre occuper une place déterminante dans la reconstruction de l'Europe sur des bases libérales d'un monde en pleine mutation culturelle et technologique. La constitution de la République Fédérale Allemande, réalisée en 1949 en toute sérénité avec une vision réaliste  d'une Europe divisée appelée à se retrouver un jour, marqua ses distances avec les institutions romaines.

Jusqu’à quel point Rome pouvait-elle agir sur elles-mêmes pour retrouver dans le monde politique une place qu’elle considérait lui être attribuée de droit ? La réponse à ce dilemme se trouve certainement dans les variations de sa doctrine millénaire qu’elle projeta dès lors. Elles aboutiront par les réformes du Concile de Vatican II de 1962 à 1965.

Voir la Revue d’Allemagne et des Pays de langue allemande – n° 46 Juin 2014. Dossier « Les Fondements normatifs de l’État constitutionnel moderne en Allemagne » – Société d’Études Allemandes-Science Po Strasbourg.
die Stunde null