Montée automnale au Haut-Koenigsbourg

Par Francis André-Cartigny

Passées les coquettes maisons de Saint Hyppolite, les vignes assiègent les pentes du nid d’aigle du Haut-Koenigsbourg. Dès la lisière de la forêt, comme un serpentin, la route enlace peu à peu la montagne. La campagne a fait place aux majestueux sapins plus que centenaires, raides comme une armée de soldats de plomb. L’ascension interminable éprouve le voyageur, mais la montée s’achève brusquement devant les portes mêmes du château impérial. Construite à même le roc, la colossale bâtisse se livre enfin dans sa parure de grès rose du massif des Vosges, sur lequel elle se dresse, digne et magnifique. Mais retournons-nous.

La Plaine d’Alsace, aux milles couleurs, s’offre à nous, là, à nos pieds. Le bleu indéfinissable des Vosges se confond au vert particulier des sapins du versant oriental. Au loin dans la brume, se laisse deviner la flèche de la Cathédrale de Strasbourg. Puis, plus près de nous, les toits rouges de Ribeauvillé nous interpellent et à nos pieds ceux de Sélestat distraient l’immense et beau jardin alsacien. Plus loin s’étend la large et riche plaine rhénane que le ruban bleu du Rhin partage entre Wurtemberg et Alsace. La route du vin file de Colmar à Obernai comme le sillage d’un vaisseau sur la houle de l’océan du vignoble. A peine remarquable, au delà du grand fleuve, les hauteurs de la Forêt Noire semblent à portée de main. Par temps exceptionnel, notre regard se portera, plus au sud, à l’extrême horizon, sur les neiges éternelles des Alpes Bernoises.


Mais, aujourd’hui, le soleil n’est pas au rendez-vous. Armés de parapluies aux couleurs européennes, revêtus de vêtements dignes d’un carnaval vénitien, les touristes venus de Vendée, de Paris ou venus d’Allemagne et même du Japon, envahissent le parvis du château. La vallée est comblée d’une couche épaisse blanche nuageuse, fumante comme le lait bouillant fraichement servi. Seules, les crêtes de la Forêt Noire percent à l’horizon ce tableau éphémère qui rappelle une mer de glace d’un autre âge.


A présent une fine pluie assombrie à peine le ciel et apporte aux lieux une atmosphère surréaliste ! Les sapins pleurent et les tours de la citadelle sont enveloppées d’une vapeur fine instable. Apercevrons nous sorcières aux fenêtres faiblement éclairées du château ? Les diablotins aux gargouilles s’animeront-ils ? Entendrons-nous chanter Mélusine au crépuscule ?


Sur sa terrasse, le marchand de glace range et empile tables et chaises et referme ses parasols. Sous les regards déçus des enfants, les cartes postales, les souvenirs à quatre sous et les cigognes en peluche trempées sont recouvertes et misent au sec. Les touristes ont déserté la petite place pour regagner leur guide, abandonnant leurs autocars sagement rangés sur les places de stationnement qui leur sont réservées.


Au début du 20ième siècle les ruines d’un château d’un vieil empire déchu sont restaurées à l’initiative de Guillaume II, « Empereur allemand ». Cette soi-disant folie architecturale ne devait-elle pas symboliser le renouveau d’un empire renaissant tel un sphinx de ses cendres ? Cette « grande illusion » boudée à son origine et illustrée par l’humour acide d’Hansi devint vite une curiosité populaire et l’un des monuments alsaciens des plus visités.
Alsace, 9 Septembre 2010

Titre du panneau

Ht-Koengisbourg