Mgr Willbrord Benzler OSB l'évêque allemand de Metz

Mgr Bensler en visite à Contz les Bains (Alsace-Lorraine)
Mgr Benzler en visite pastorale à Contz les Bains (Niederkonz). A sa gauche le chanoine Pelt,  son futur successeur

Comme beaucoup de prélats, nés de familles modestes, Monseigneur Willibrord Benzler, bénédictin, devenu Evêque de Metz, aura eu une carrière et un destin extraordinaire dans le travail et dans la souffrance. Né le 16 octobre 1853 en Westphalie, le jeune Karl prend le nom de Willibrord en entrant dans les ordres. Il fut éduqué dans la foi catholique par ses parents aubergistes. Après son bac, il étudie la théologie à Innsbruck. Avant de s’engager dans la voie qui le mènera à la prêtrise, il pratique pour la première fois, le 1er janvier 1872, les exercices de Saint Ignace chez les Jésuites d’Innsbruck.

Il partage la vie des bénédictins de Beuron à Hohenzollern et mène de nombreuses études et travaux. Il accomplira parallèlement de nombreuses missions qui lui seront confiées, en Autriche-Hongrie. En 1874, il entre au noviciat des mêmes Bénédictins et reçoit les ordres mineurs à Munich. Il est ordonné prêtre en août 1877 par Mgr Baudri évêque auxiliaire de Cologne.

Consacré évêque de Metz en 1901, il est résolu à quitter son siège épiscopale en 1919 dans le climat politique oppressant à son égard dans une Alsace-Lorraine fraîchement « libérée ». Il retournera en Allemagne et retrouvera ses bénédictins pour mourir dans la paix de Dieu en 1921. Il repose dans la chapelle de l’abbaye de Beuron, là même où il commença sa vie monastique.
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Nous sommes entre deux siècles. Le siège épiscopal de Metz est vacant depuis deux ans. La nomination d’un évêque en Alsace-Lorraine allemande fut comme toujours une affaire délicate. Le concordat exige l'avis du pouvoir politique dans les choix de Rome.

Metz, allemande contre son gré, est le chef lieu du Bezirk Lothringen (Lorraine), l’actuel département de la Moselle. Cette partie nord de la Lorraine est partagée en deux zones linguistiques. La romanité demeure dans les cœurs des Messins attachés à la France. Directement placée sous l’autorité personnelle de l’Empereur d’Allemagne, l’Alsace-Lorraine lutte pour son autonomie politique.

En 1901, Guillaume II négocie âprement avec Rome la nomination d’un évêque d’origine allemande. La Moselle est une terre  de tradition catholique. La fonction épiscopale y est fortement influente. Guillaume II souhaite accélérer et pérenniser la germanisation bien engagée du pays. Entre Rome et Berlin la situation n’est pas des meilleures, le Kulturkampf de Bismarck a laissé des traces et le clergé participe activement au combat pour l’autonomie.

Guillaume II obtient enfin la nomination d’un évêque allemand en la personne d’un bénédictin, bon théologien et d’une grande piété : Willibrord Benzler. L’empereur le recevra personnellement à Postdam. Le souverain attend du futur évêque de Metz une pastorale « germanisante ». A cela le futur Monseigneur répondra que sa mission épiscopale ne sera pas de faire des allemands mais des chrétiens.

C’est par Sierck (les Bains), où il s’arrêta pour parler, que le futur évêque  entrera en Lorraine le 26 octobre 1901. Il sera consacré le 28 dans la cathédrale de Metz par les archevêques de Trèves et de Strasbourg. Et comme il l’avait promit, qu’il assurera sa charge de pasteur à Metz : une pastorale  pour affirmer la foi de chrétienne des Lorrains. C’est en allant vers les Lorrains, en faisant leur connaissance et en les aimants comme un père aime ses enfants qu'il réussit à devenir le pasteur non seulement reconnu de tous le clergé mais aussi de tous les catholiques mosellans. Pour seul exemple, il assura, malgré les pressions politiques prussiennes, des prêches en français aux francophones du sud mosellan.

A la fin de son épiscopat il fut adopté par tous les chrétiens lorrains. Une de ses actions remarquables fut le 18ième Congrès Eucharistique International qu’il organisa à Metz du 6 au 11 août 1907. Le lieu de cet évènement fut suggéré par le pape Pie X même, lors d'une rencontre en 1907, à l'occasion de la visite obligatoire, ad limina, a Rome prévu par le droit canon. Son attachement à l’autonomie du pays lui sera en fin de compte beaucoup plus reproché que sa nature allemande que ce soit par l’Allemagne ou par la France après la première guerre mondiale.

Durant la tourmente de la guerre de 1914-1918, il demanda à la population messine de faire un vœu à la Vierge  pour que Metz soit épargnée des horreurs de la guerre. A cette fin, une statue  sera érigée sur la place Saint Jacques et les messins s’engageront à s’y rendent tous les 15 août.

Après le traité de Versailles de 1919, le pouvoir politique a changé. La germanisation de l’Alsace-Lorraine est pratiquement achevée et son statut d’état autonome dans  l’Empire est accordé et fonctionne depuis quelques années. Le clergé y avait contribué largement. Mais le pouvoir politique français veut reprendre sa place telle qu’il l’avait laissée en 1870. Le monde avait changé et les Alsaciens-Lorrains avait grandi dans leur soif de conserver leurs traditions, leur culture et leur statut. Beaucoup trop de malentendus s’installent, notamment celles à propos du soutien passé de Monseigneur Benzler à l’autonomie politique de l’Alsace-Lorraine. La France devenue une république laïque avait dénoncé le concordat de 1801. La confiscation des biens du clergé, l’expulsion des religieux de leurs couvents et abbayes, des écoles et des hôpitaux avec les lois anticléricales blessèrent la Lorraine et l’Alsace catholique. Indésirable par Paris, Monseigneur Benzler,  la presse orientée le lui fait bien sentir, présentera sa démission au Saint Père le 12 janvier 1919. Et à sa grande surprise la presse va jusqu’à annoncer le nom de son successeur : le Vicaire Général Pelt, alors qu’aucune procédure n’était pas encore engagée, le Saint Père ayant retenu la démission de l’évêque! Il prendra connaissance, le 23 avril 1919, de ces nouvelles dans le journal comme tout le monde. Le pape n’acceptera qu’au 1er Août 1919 la démission du prélat et nommera le Vicaire Générale Pelt à sa succession. Monseigneur Benzler avait pressenti en secret ce prélat lorrain depuis des années à la succession du siège épiscopal.  Monseigneur quitte la Lorraine après la procession du 15 août pour remercier la Vierge Marie de sa protection qu’elle accorda à la ville.

Au départ à la Gare de Metz la Lorraine lui témoignera un hommage hors du commun. Nommé archevêque titulaire d’Attali, il se retira dans son ordre bénédictin. Il y mourut le 16 avril 1921 après une longue maladie.

Bibliographie: 

Willebrord Benzler OSB - Erinnerungen aus meinem Leben

Mgr Willibrord Benzler - Evêque de Metz (1901-1919) Mosellan d'adoption-texte et illustration par Gaston Anotoni - Préface Docteur Joseph Kirsch