L'immersion alsacienne

L'immersion alsacienne


La Région-Alsace est rayée de la carte. Ses villes et ses villages manifestent pacifiquement leur profonde déception en arborant un crêpe noir à l’entrée de leurs agglomérations, comme en Moselle. L’Alsace a toujours défendu le bien commun dans le respect des institutions. Elle n’interpelle pas bruyamment les décisions d’ordre général, mais elle expose fermement son point de vue avec objectivité. Les racines de ces territoires ont poussé dans un terreau de liberté, au sens germanique et philosophique du terme.


Abandonnée dans l’histoire, elle lutta avec sa compagne la Moselle. Pragmatique, elle le fit en confiance avec ses notables ou ses élus. L’Alsace et la Moselle, réunies dans une seule territorialité, obtinrent leurs propres institutions régionales quasi étatiques dans le Kaiserreich, au même titre que la Bavière ou le Wurtemberg etc. Leur gestion fut exemplaire. La France, en retrouvant ces territoires, annula arbitrairement leurs institutions.


La démocratie indirecte s’emballe dans notre monde global. Elle ravive les sentiments d’autonomie des régions périphériques en général. Les exemples catalans et corses galvanisent d’une façon extraordinaire les particularismes locaux. Pourtant en 2012, les Alsaciens, consultés par référendum à propos de la fusion de leurs départements et de l’ensemble des conseils territoriaux, ne furent pas convaincus par la campagne électorale. Prudents et réservés,  ils se mobilisèrent peu.


Les instances européennes seraient ouvertes, de façon informelle, à l’autogestion des régions (?). Elles ont certes œuvré à la naissance des identités régionales, en finançant le développement et l’unification des langages régionaux et leur statut administratif. Cette politique allait de pair avec les encouragements d’un tourisme normalisé, voir réducteur. Or, depuis longtemps l’Alsace-Moselle a affirmé sa  personnalité et son potentiel économique. Elle est majeure.


Ancrée dans une grande région sans nom, quel sera le prix de la sortie de l’Alsace et quel sera son statut après cette immersion ?
Dans cette perspective, quel sera l’avenir de la Moselle germanophone, isolée, perdant à jamais son identité ?  Partenaire économique de l’Alsace, elle partage avec elle les reliefs de son bilinguisme en péril, son statut administratif et son droit local, auquel nul n’osera toucher, tant que l’Alsace restera à ses côtés. Il faut en avoir conscience.