L'Alsace alémanique

Fleurs digitale forêt de Niederbronn

En entrant en Alsace, le visiteur est surpris par l’atmosphère particulière du pays, l’environnement, le style rhénan plaisant des habitations fleuries, l’aménagement et la verdure des petites villes, etc.… Cela ne peut qu’enchanter le touriste qui apprécie l’accueil et la tradition de cette région. Le voyageur relèvera l’apparente vivacité de la langue alsacienne, tout du moins chez les autochtones d’une certaine génération. Le visiteur attribuera à la nature alémanique du pays la situation linguistique. Mais cette réflexion ne répond qu’aux apparences. La raison se trouve surtout dans l’histoire alsacienne proprement dite.

La réforme de Luther avait touché directement l’ensemble des petits états du Saint Empire auquel la constellation alsacienne appartenait. En traduisant la Bible hébraïque, Luther, moine augustin, initiateur de la Réforme du 16ième siècle, voulut rendre au christianisme l’« authentique » révélation divine. Entreprise colossale que celle de traduire de l’hébreu les Livres Sacrés en un langage compréhensible de tous les locuteurs germanophones.

Dans sa reformulation du Christianisme, le traducteur fit preuve d’une clarté d’esprit exceptionnelle et d’une parfaite connaissance des bases communes des langages populaires allemands et des structures de pensées diversifiées dans cet agglomérat culturel et linguistique. Avec la Bible de Luther publiée, naissait la langue de communication supra allemande : le Hochdeutsch.

En recevant cette Bible ouverte à tous, le peuple adopta naturellement, par son accessibilité, la langue écrite unifiée: le Hochdeutsch où chacun aura retrouvé dans ce langage le style et l’intimité naturelle (Gemütlichkeit) de son propre parler. La langue allemande, standardisée tardivement, ne s’est donc pas systématiquement heurtée ni forcément substituée aux langages locaux, dans la mesure où elle est leur synthèse. Ainsi le système de pensée et l’esprit de chacun d’eux était sauvegardé. On peut même résumer que l’Allemand littéraire a su préserver l’individuation des populations et favoriser l’universalité d’un ensemble germanique  jusqu’à un certain temps de l’histoire.

Avec le rattachement de l’Alsace à la France, la langue française fut introduite progressivement aux côtés de la langue allemande, l’Alsacien restant toujours la langue de la famille et de la communication quotidienne. Ce bilinguisme, voir ce trilinguisme, lui doit son indépendance culturelle, vis-à-vis de l’Allemagne nationale d’abord. Et cela explique l’esprit de ses particularismes. Ce trilinguisme a contribué à une osmose entre sa culture d’essence germanique et ses sentiments nationaux français. Dans ces pays, la liberté religieuse date de la Paix d’Augsbourg (1555) et la vie quotidienne s’organise dans cet esprit de cohabitation positive et de communication. Enfin, ce trilinguisme développait chez l’enfant dès ses premières années de la scolarité un entrainement à la flexibilité de son esprit.

Ainsi l’Alsace demeura-t-elle toujours égale à elle même au cours de son histoire mouvementée.