La Langue allemande en Moselle

Le Traité de Westphalie de 1648 mit  un terme à une guerre barbare. Elle avait éprouvé et mené au martyr des populations entières. Elle révisait les équilibres politiques, ainsi bouleversés, de tout le continent européen et garantissait  la paix et la liberté religieuse dans L’Empire. Diminué politiquement l’Empereur et la Diète allemande céderont, contraints, à la France l’Alsace, sauf Strasbourg ville libre et Mulhouse du canton suisse bâlois et enfin une large part du Comté de Luxembourg, Thionville et Montmédy par un traité secondaire : Traité des Pyrénées de 1659. Puis le Pays de Sierck, dans le Bailliage d’Allemagne, sera annexé dès 1661 par le Traité de Vincennes.  Les territoires annexés de Sierck et de Luxembourg restant néanmoins dans leur archevêché commun de Trèves.

Ces traités furent les prémices d'un rattachement progressif du Duché de Lorraine à la France. Dans les régions germanophones de ces nouvelles provinces, la langue allemande littéraire conservera cependant son statut de langue d’enseignement. Le bailliage allemand du Duché de Lorraine fortement catholique resta cependant, jusqu’à la Révolution Française, dépendant de ses évêchés d’origines de Trèves et de Spire, situés à présent au-delà des nouvelles limites impériales.

La Révolution Française prôna l’égalitarisme et l’unité nationale d’une France une et indivisible. Cette idéologie donna aux révolutionnaires le souci de l’uniformité nationale dans tous les domaines. Ils prirent conscience des diverses situations linguistiques particulières dans les régions périphériques de la nation. Ils tentèrent sans succès, tout du moins dans les campagnes et dans les zones rurales, à imposer la langue française et à éradiquer les langages locaux.

En 1860, le gouvernement parisien rappela encore à Mgr Dupont des Loges, évêque de Metz, de bien vouloir exiger des curés de son diocèse la prédication et l’enseignement du catéchisme en français. Mais, l’évêque de Bretagne de noblesse française s’y refusa catégoriquement et répondit : « Chasser l'allemand de l'école primaire était assimilé à une offensive antireligieuse ». En Alsace et en Lorraine germanophone une situation linguistique confuse régna ainsi jusqu’à la veille de l’annexion au nouvel empire allemand, Kaiserreich, intervenue après la défaite française de 1870.

En 1871, la nouvelle autorité politique du Reichland d’Alsace-Lorraine confirma naturellement la pleine légitimité de la langue allemande dans les écoles. Selon le nouveau régime, ces provinces revenaient, Wiedervereinigung, dans le giron de l’Empire reconstitué, auquel elles furent arrachées par la France après la Guerre de Trente Ans. Et, l’Eglise continua son enseignement et ses prédications en allemand. Bien après 1918, au retour de ces provinces à la France, décidé par le Traité de Versailles de 1919, la question délicate des langues en Alsace-Lorraine revint à nouveau à se poser. La tourmente de la Seconde guerre mondiale remit la réponse à cette question après 1945.

La langue allemande au côté de la langue française restera présente dans les églises jusqu’à l’application du Concile Vatican II. En 1981, le pape Jean Paul II, pourtant familier avec la langue française, en visite pastorale au Grand-Duché du Luxembourg, se rendit à Metz voisine où il s’adressa, à la grande surprise du peuple rassemblé dans la cathédrale, en allemand. Dans l'esprit du Vatican, ce statut impliquait, certainement dans le protocole, l'utilisation de la langue la langue officielle dans ce diocèse concordataire que la France retrouva et repris tel qu'il était avant l'annexion.

L’abandon de la langue allemande par l’Eglise d’Alsace et de Lorraine à l’occasion de l’entrée en application du nouveau rituel de la messe dans années 1969, en Moselle notamment, coïncide avec le déclin des pratiques religieuses et de celui du collatéral de l’allemand, le Platt, le dialecte mosellan.

Images religieuses en allemand