Les insultes populaires en luxembourgeois

Les insultes populaires

On avait coutume dans l’aire germanophone, y compris dans celle de l’Est de la France et peut-être encore ailleurs, de lancer des insultes de noms d’animaux domestiques. Cela reste toujours, tout du moins, très grossier et offensant. Dans toutes les cultures ce fut et c’est toujours une pratique, hélas courante. Le langage moderne a certainement trouvé encore plus fort et plus vulgaire dans l’insolence.

Le monde de la terre, plus direct, avait trouvé dans le comportement de ses animaux d’élevage qu’ils soignaient quotidiennement dans ses écuries et étables, des rapprochements avec ses semblables pour qui ils portaient une certaine animosité. Parmi les animaux qui revenaient régulièrement depuis toujours dans la bouche des paysans ironiques, on relève principalement: porc, bœuf, vache et veau. Il n’est jamais question, par exemple, de cheval. Peut-être est-ce du à son arrivée tardive dans la ferme des plus modestes ? D’autres noms d’animaux pouvaient être utilisés mais ils étaient alors agrémentés d’un qualificatif désobligeant. Le fait de traiter une personne du seul mot de porc, bœuf, vache et veau suffisaient à traduire une insulte bien précise :

Schwäin- Porc: sale, libidineux. Il exprime aussi l’exagération dans une mauvaise action.

Sau-Truie: franchement insultant, ce nom traduit le dégoût et l’excès dans la saleté et la perversion ou l’excessif tout simplement.

Ochs-Bœuf: lourdaud, entêté, butté.

Kou -Vache: lourd et bête, manque d’intelligence.

On dira,

Il en comprend autant qu’une vache d’une grand messe.

E versteet esouvill wéi eng Kou vun enger Houmass

Kallef-Veau: insulte favorite et très courante. Le veau, petit de la vache est encore plus bête que sa mère : la bêtise à l’état brute. On dira d’une personne instruite mais manquant de bon sens ou d'intelligence.

Elle est diplômée de l’école supérieure des veaux

't ass vun der Héichkälwerschoul eraus komm

En résumé le porc exprime la laideur du corps et de l’âme et l’impureté. Le bovin est plutôt réservé à la bêtise. Il est vrai que le porc était élevé dans le passé dans les forêts et il y consommait les glands de l’arbre de la science : le chêne. Le bovin quant à lui s’alimente uniquement d’herbe fraîche ou séchée. Tous ces animaux sont végétariens et il y a aucune raison de cause à effet. Que les végétariens se rassurent !

falschen Hond : faux-jeton, 
Schwein-Hond : cette insulte cumulle la saleté du port et la perversité du chien,
al Sau : vieille truie : comulle le dégout de la truie avec l'expérience de l'âge.
Saumatz : salopard (Matz étant le diminitif de Mathieu ou de Mathias et généralise)
Ainsi de suite,  on peut nuancer ou intensifier le caractère insultant en associant animaux, personnes insultées et qualificatifs de la circonstance.

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Seule la chaire de porc était consommée dans beaucoup de régions. Monsieur Gaston Rouppenel dans son « Histoire de la campagne française » rapporte:

« jusqu’au milieu du 19ième siècle, le paysan du Tonnerrois considérait la viande de mouton comme une alimentation malsaine et rebutante » et que « les bêtes à cornes, nerveuses et musclées ne servaient qu’au labour »

Le porc était un élevage destiné à l’unique consommation de l’homme alors que le bovin servait aux travaux durs et produisait, en ce qui concerne la femelle bien entendu, lait qui donnait beurre et fromage. Ils vivaient avec les paysans alors que le porc était sacrifié pour le bien de l’homme. La richesse d’une ferme s’évaluait selon le nombre de bêtes à cornes sachant qu’ils servaient au labour des terres. Quand on parlait de bêtes, il s’agissait de bêtes à cornes ou de bétail, comme le traduit le langage mosellan par Béischt, alors que l’ensemble des animaux se traduit par Véi. Ce dernier mot est proche de l’anglais « fee » qui signifie commission. D’ailleurs dans le passé celtique le bétail servait d’unité de compte.

C’est donc l’aspect négatif du porc qui servait à qualifier la luxure, l’impureté et celui des bovins pour la bêtise. Quels étaient leurs aspects positifs ?

Le porc (Schwäin) ou le sanglier qui n’est qu’un porc sauvage comme le précise les dialectes par wëllt Schwäin étaient sacrés chez les Celtes. Ils symbolisaient la science du druide. La forêt était le domaine de l’animal et de l’homme de science. Ce lieu sacré leur apportait l’inspiration divine. La grande fête du nouvel an druidique, le 1er novembre s’appelle Samain. Il faut prononcer ce mot « Chouaïn » comme Schwäin. La viande de porc était réservée aux druides exclusivement en dehors des fêtes. Dans la vallée de la Moselle c’est à la Toussaint que l’on tuait le cochon ou qu’on le sacrifiait.

Le bœuf est le taureau rebelle devenu serviteur et travailleur. En vieil indien bœuf se dit uksa, le castré. En langage populaire il est traduit par Ochs, prononcer oks. Leurs cornes représentent le croissant de la lune symbole de la réflexion et de la raison. Aussi quoi de plus trompeur que la lumière réfléchie, même celle de la lune et perdre ainsi la raison pour devenir bête comme un veau ou comme une vache.

Monsieur Charbonneau-Lassay dans son bestiaire du Christ rapporte que les chrétiens des contrées non loin du Proche-Orient et les chrétiens primitifs des régions latines pratiquaient après la messe de Pâques et dans d’autres circonstances des sacrifices d’animaux devant l’église. On égorgeait au pied d’une croix soit un bœuf, un porc, un agneau ou un veau. Puis suivait l’agape, le repas du sacrifice.

Le monde traditionnel avait bien conscience du double aspect des choses. Le monde animal porcin et bovin dans leur aspect extérieur imageait et totalisait l’intelligence et la raison dans son aspect positif et caché et l’impureté et l’ignorance dans son aspect négatif et extérieur. La sagesse paysanne s’exprimait si bien dans le langage populaire.


Insultes populaires

Esing Rodemack (Moselle)
Le monde de la terre, plus direct, avait trouvé dans le comportement de ses animaux d’élevage qu’ils soignaient quotidiennement dans ses écuries et étables, des rapprochements avec ses semblables pour qui ils portaient une certaine animosité