L'instruction religieuse en Alsace-Moselle

Les Eglises, catholiques et protestantes d'Alsace et de Lorraine eurent un part prépondérante dans l’action identitaire de la population. Celle-ci aboutit finalement à sa reconnaissance, puis à sa représentation politique dans le cadre d’un statut propre au sein de l’Empire Allemand au début du 20ième siècle.

Bien avant l’annexion de 1870, l’église d’Alsace et de Lorraine d’expression germanophone enseignait dans la langue allemande au cours  des prédications et bien entendu dans les écoles et au catéchisme. Elle fut l'institution non politique la plus importante et très autonome du nouveau pouvoir politique  allemand. Elle conserva ses structures, après le changement de souveraineté en 1871 et l’instrument d’une certaine consolation du pays dans la tourmente.

Monseigneur Dupont des Loges, d’origine bretonne, évêque de Metz au moment de l’annexion en 1870, soutenu par l’Eglise de France fut un grand partisan de la France en Lorraine. Il défendit pourtant vigoureusement l’enseignement religieux en allemand, face aux autorités françaises bien avant l’annexion. Il déclarait alors aux autorités françaises, qu’interdire l’allemand dans l’enseignement religieux était un acte contre Dieu. Or l’Allemagne allait utiliser cette particularité de l’enseignement religieux pour faciliter la germanisation par les écoles. Ainsi les dispositions du concordat de 1801 furent maintenues et même appliquées pleinement.

Le maintien du caractère confessionnel de l’école publique renforçait la domination cléricale des églises, catholiques principalement. Les fonctionnaires allemands, rejetant la laïcisation, plaçait la religion à la première place de l’école à condition qu'elle concourût à « la moralité et au respect du pouvoir établi et des lois ». Le 4 janvier 1874, une circulaire officielle rendait obligatoire dans toutes les écoles publiques, à chaque première heure du matin des cinq jours de la semaine scolaire, l’instruction religieuse. Elle concernait particulièrement l’histoire sainte présentée aux enfants selon une méthode sagement graduée dans les différentes divisions de l’école. Les instructions officielles invitaient les instituteurs à préparer les enfants de la première communion à l’instruction religieuse par le ministre du culte. Si la collaboration légale entre le maître et le curé ou le pasteur restait limitée à ce rôle d’auxiliaire, elle s’étendait en fait beaucoup plus loin, car toute la vie scolaire était imprégnée et rythmée par un climat confessionnel : présence dans chaque classe d’emblèmes religieux, récitation matin et soir des prières, répétition des psaumes et des cantiques, initiation aux fêtes de la liturgie, etc.… François Roth, La Lorraine Annexée – Editions Serpenoise Metz – 1997. La plus parts de ces dispositions étaient toujours appliquées dans les années 1960, en Moselle et en Alsace.

La loi de 1905, de séparation de l’Eglise et de l’Etat intervenue France et la laïcisation avec ses lois considérées anti catholiques, provoquèrent un trouble parmi la population Lorraine, mosellane très catholique. Cela favorisa le rapprochement du clergé catholique lorrain du clergé rhénan, notamment dans le combat contre le socialisme. L’église d’Alsace-Lorraine avait atteint son apogée au début du 20ième siècle et il se maintenu ainsi plus d’un demi-siècle. Les populations de la lorraine germanophone et d’Alsace s’en sont trouvées marquées jusqu’à nos jours.


Lire les brèves biographies des évêques de Metz qui eurent leurs rôles à jouer durant les périodes délicates en Lorraine mosellane de 1870 à 1970. (Sur ce site)